Mythe de l’Androgyne

Au début, il y a l'androgyne

Au début, il y a l'androgyne

De la genèse et de la renaissance est conçu comme le fondement de tout, unité indivisible, transcendante et éternelle d’une dualité s’intégrant l’un à l’autre, crée continuellement la vie qui se manifeste sous une forme Androgyne. Le dépassement de tout dualisme, qui coïncide avec la libération ultime, est obtenu à travers des rites et des formes de méditation particulières.

L’androgyne[1] est conçu un être originel qui serait homme et femme à la fois, non pas hermaphrodite[2], mais un être originel au sexe indifférencié. Il s’agit de comprendre que les deux ne font qu’un, mais que chacun d’eux possède son double. Cependant, sa double signification dépasse la seule distinction des sexes et se rattache à l’état premier de l’être.

L’Androgyne symbolise l’unification de l’être humain, l’harmonie originelle, parfaite et retrouvée, les jumeaux quant à eux figurent la division, l’opposition, la dualité incarnée, la rivalité ou la guerre fratricide.

On rapproche le Mythe de l’androgyne au Mythe de l’œuf cosmique qui nous compte la création du monde et de la vie, c’est d’un oeuf cosmique qu’est né ce monde et c’est souvent de cet œuf qu’est né l’être humain au sexe indifférencié. Ainsi, le Tao[3] dit : « Un produit deux », mais aussi « Deux noms issue de l’Un, ce deux-un est mystère, Mystère des mystères, Porte de toute merveille. »

L’Androgyne est non seulement un être originel, mais la finalité de tout être humain. L’Androgyne représente à la fois l’état originel et l’état accompli de l’être. En effet, il symbolise celui ou celle qui a dépassé les souffrances de la vie propres au monde des apparences et ré-intégré l’Unité première dont il ou elle émane. Conjointement origine et aboutissement de la manifestation des êtres, l’Androgyne est un symbole universel de l’état unifié.

Tant que nous restons divisés en nous-mêmes, nous ne pouvons accepter le monde tel qu’il est et nous-mêmes tels que nous sommes en réalité, c’est-à-dire unifiés. Dès l’instant cependant où nous prenons conscience que toutes les richesses du monde sont en nous, que rien ne manque, toutes les craintes, les peurs, les envies et illusions attachées à notre manière de pensée dualiste des choses et des êtres s’envolent. Nous commençons à vivre comme un tout et nous transformons en un individu véritable (de « individuum » ou indivisible — Voir individualisme Janien). En cessant de se constituer en tant qu’objet de connaissance.

La modalité du même ou du différent dichotomise, sépare et incite davantage à la lutte et à l’exclusion, à l’intolérance qu’à la capacité de concevoir l’unité des contraires. Cette modalité manichéenne, incarnée par la différence des sexes et renforcée par nombre d’autres dyades qui s’opposent telles que le jour et la nuit, le froid et le chaud, le cru et le cuit, etc., amène l’être humain à classifier, à catégoriser, ce qui l’entoure. Ceci conditionne alors sa manière de penser sous la forme du raisonnement binaire, manichéen, et c’est ce qui conduirait alors à l’intolérance, à l’exclusion.

La personnalité androgyne n’emprunte pas les caractéristiques de l’autre sexe; ses vêtements, ses expressions, ses postures, etc., ni ne se les attribuent. Elle ne s’identifie pas non plus au genre sexuel opposé à son sexe biologique. L’Androgyne possède en lui les vertus masculines les vertus féminines. Ces vertus opposées sont réunies en une nouvelle unité par un principe conciliateur. Le fait qu’il n’y ait peut-être pas de valeurs spécifiquement masculines ou spécifiquement féminines au-delà des considérations biologiques implique qu’elles appartiennent indifféremment à l’un ou l’autre sexe. Chaque être humain possède en lui les qualités de tel ou tel principe, masculin ou féminin, et ce, de manière intrinsèque. Afin de s’accomplir, d’atteindre un équilibre tout relatif, l’homme doit développer en lui les vertus latentes opposées qui lui donneront la clef de sa nature céleste. Parvenues à un degré suffisant d’évolution, les âmes s’attirent mutuellement pour fusionner. Ces attractions se traduisent par des sympathies réciproques soumises à la loi des complémentaires, comme s’il s’agissait de constituer à deux une unité psychique plus parfaite. On peut donc croire que dans l’union entre deux êtres, en l’occurrence un homme et une femme, tous deux androgyne, il y a émergence d’une entité nouvelle issue de la synergie entre les deux êtres, une union qui va au-delà et qui transcende. Les âmes se recherchent, et quand elles se sentent en affinité, elles s’attirent, l’une aspirant alors à se fondre dans l’autre (faire un parallèle avec la théorie des champs). De la fusion d’une âme masculine avec une âme féminine résulterait ainsi une entité androgynique.

La théorie du Yin et du Yang est la Loi fondatrice de l’Univers et de tous les phénomènes qui s’y déroulent. Le mouvement alternatif du Yin et du Yang est l’origine même de la Vie. Toutes les choses, tous les processus présentent ces deux aspects. Tout ce qui existe peut être à son tour divisé en Yin et en Yang. Tout ce qui existe est à la fois yin et yang. S’engendrant mutuellement ils ne peuvent exister l’un sans l’autre s’opposant point par point, dans une complémentarité absolue et un équilibre relatif. Au-delà de cette dualité apparente, intrinsèquement liés l’un à l’autre, ils réalisent l’unité totale de l’univers.

Le Projet Civilisation

Aujourd’hui nombreux sont ceux qui constatent la nécessité d’un changement majeur de paradigme (changement paradigmatique) pour nos sociétés occidentales et dont l’une des caractéristiques principales repose sur la capacité à concilier les paradoxes et à embrasser des réalités toujours plus complexes et systémiques. Ainsi, la pensée binaire ne permet plus de comprendre et de gérer la complexité de la réalité. Si la conception théorique de ce nouveau paradigme est bien en cours, notamment avec la célèbre dialogique d’Edgar Morin nous incitant à penser l’inclusion des contraires et non pas l’opposition binaire des dyades, il existe un réel gouffre entre l’élaboration intellectuelle et la mise en œuvre au quotidien. Les évolutions de la science conduisent inexorablement la société à devoir modifier ses représentations, sa manière de penser, d’appréhender tant la réalité que l’altérité. Car l’ancien paradigme, celui de la modernité fondée sur le Taylorisme (ou fordisme, segmentation et optimisation du travail, « outilisation de l’individu », séparation à outrance des champs disciplinaires et la fragmentation et les fractures associés aux aspects pluriels de la vie sociale), résiste tant qu’il peut à sa propre décadence et le nouveau n’est aujourd’hui qu’en émergence.

La société aurait une incapacité à se repenser, à se redéfinir, qui pourrait fédérer « l’ensemble » dans un monde post-tayloriste et post-hyperconsommation, post-modernité, et proto-multiculturelles. De plus, si la diversité se constate, elle ne cherche pas à se « rencontrer ». Ainsi cette pluralité culturelle qui illustre bien la richesse de notre société ayant accueilli différentes nationalités, cultures et pratiques sociales ne se traduit pourtant pas par un modus vivendi facilitant les compréhensions, les médiations, les dialogues, les échanges. La réalité de nos pratiques est bien encore ancrée dans la confrontation des opposés et non dans la synergie, l’intégration ou la convergence. L’intellectualisation de la conciliation des contraires ne semble pas suffire.

Lorsqu’un modèle de civilisation s’effondre et qu’émergence alors un nouveau modèle balbutiant alors la société dans son ensemble est tiraillé, aux prises avec des paradoxes.

Par ailleurs, notre société est tombée dans l’excès de classification et de catégorisation (Taylorisme à outrance), tout est devenu hermétique, les champs disciplinaires comme les personnes. Ce sentiment de fragmentation correspondrait à la désintégration du corps social, et à la montée de l’individualisme et de « l’outilisation de l’individu ».


[1] Qui présente à la fois des caractéristiques masculines et féminines.

[2] Être légendaire à forme humaine, mais présentant les caractères des deux sexes.

[3] Dans le taôisme, principe suprême et impersonnel d’ordre et d’unité de l’Univers.