Dérives de la relation thérapeutique?

Les raisons de se lancer dans une relation thérapeutique sont très personnelles, mais les plus fréquentes sont l’insatisfaction de sa vie avec la volonté de la changer ou de lui donner un nouveau sens, les problèmes relationnels (disputes incessantes, manque de communication, panne de la vie intime, violence psychologique et morale…) ou de famille (maltraitance, enfants avec des problèmes, rupture avec la famille originelle…), les difficultés sociales (manque de sociabilité, peur de parler en public, de se faire des amis…) et professionnelles (maltraitance managériale, difficultés à se maintenir sur le marché de l’emploi, épuisement, harcèlement, conflits au travail…).

La psychothérapie (méthode thérapeutique qui fait uniquement appel à des moyens psychologiques afin de traiter les troubles psychiques ou somatiques) désigne « toute méthode de traitement des désordres psychiques ou corporels utilisant des moyens psychologiques et d’une manière plus générale, la relation du thérapeute et du malade: l’hypnose, la suggestion, la rééducation psychologique, la persuasion… » (Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis)

Concrètement, ceux qui utilisent la relation thérapeutique sont soit des psychiatres, soit des psychologues, soit des personnes aux formations diverses (médecins, thérapeutes, travailleur social, ergothérapeutes, agents socioéconomiques, enseignants, infirmiers, éducateurs, aide-soignant, bénévoles communautaires, etc.).

La relation thérapeutique est fondée sur « toute procédure d’influence destinée à modifier radicalement, profondément et durablement une personne, une famille ou simplement une situation, et cela à partir d’une intervention thérapeutique ».

S’engager dans une relation thérapeutique avec un mauvais soignant n’est pas dénué de risque. Le premier est tout simplement que le soignant porte ou se base sur un mauvais diagnostic et donc passe à côté du problème. Ce faisant, on peut aboutir à un renforcement des symptômes, et même une détérioration de la santé mentale. Mais les pseudo-thérapeutes peuvent aussi être à l’origine d’une nouvelle psychopathologie.« L’issue la plus fréquente est l’apparition d’un syndrome post-traumatique, caractéristique de la manipulation mentale, explique la psychologue Martine Maurer. La personne devient angoissée, dépressive. Souvent aussi, le patient abusé est confus, il ne sait plus très bien qui il est (perte d’identité), ce qu’il veut et n’a plus confiance en personne. » Au pire, les relations thérapeutiques maniées par des personnes incompétentes ou perverses peuvent aboutir à des décompensations psychotiques (bouffées délirantes, paranoïa situationnelle) et même à de sévères déprimes. Trop confuse, impossible au profane « trop conditionné par son éducation, par la société, trop pollué mentalement pour prendre conscience de sa réalité » d’avoir accès à un sens de ce qui lui arrive.

Pour Porot (1952) : « la psychothérapie est l’ensemble des moyens par lesquels nous agissons sur l’esprit malade ou le corps malade, par l’intervention de l’esprit ».

L’individu finissant par s’identifier à un « objet malade » et cette croyance étant maintenu dans les relations thérapeutiques et le temps, la médicalisation signifie d’abord de créer un consensus sur la nature objective du « corps malade » et le besoin d’une distance entre le patient et le praticien. À partir de cette prémisse, viennent les attentes, celle du public, de voire la médecine capable de se débarrasser de problèmes sociaux plus sérieux en traitant les symptômes pathologiques de l’individu; on entend alors l’expression : « on travaille avec la personne et non pas la maladie » alors qu’en fait, on projette la déficience en résolution de problèmes sociétale sur l’individu, c.-à-d., le rendant ainsi responsable de sa condition.

Or, la malchance sociale nous enseigne que le chemin de la plupart des humains de ne sont pas nécessairement auto-déterminé, et qu’un ensemble de facteurs de risques, de vulnérabilités et de protections s’interpénètrent, s’entrecroisent, s’inter-influence, facilitant ou obstacle.

Rappelons que les représentations sociales sont à la base de notre vie psychique. C’est à elles que nous faisons le plus facilement et le plus spontanément appel pour nous repérer dans notre environnement social et humain. Situées à l’interface du psychologique et du sociologique, elles sont enracinées au cœur du dispositif social.

« L’insécurité sociale n’entretient pas seulement la pauvreté. Elle agit comme un principe de démoralisation, de dissociation sociale à la manière d’un virus qui imprègne la vie quotidienne, dissout les liens sociaux et mine les structures psychiques des individus » [1]. Les chassés-croisés de la précarité sociale et de la maladie individuelle nourrissent le débat sur les articulations complexes entre le champ du soin psychopathologique et celui de la prise en charge sociale.

La relation thérapeutique peut se définir par son cadre thérapeutique (traitement visant à guérir ou à soulager une maladie, une souffrance psychique). Ce cadre est très différent d’un simple entretien avec un ami, par exemple, et est spécifiquement fondé sur une relation de confiance (sentiment de sécurité, d’assurance, d’espérance ferme inspiré par qqn ou qqch). Il s’agit d’un cadre contractuel, spécifiant la relation psycho-thérapeutique, qui comprend un ensemble de méthodes psychologiques. Elle entraîne des modifications en fonction d’objectifs thérapeutiques, au moyen de processus et de méthodes fondées sur des preuves scientifiques. Elle s’appuie pour cela sur des théories des pathologies et des théories des traitements. Elle repose sur des principes éthiques. Cependant, chaque thérapeute reste libre de choisir les mesures d’assurance qualité qu’il entend appliquer; ces mesures doivent être reconnues.

Sommes-nous à l’abri des dérives de la relation thérapeutique sous l’égide de la notion d’aide; celle de l’incurie, de l’incompétence, et de la pseudo-erreur? Comment distinguer le bon grain de l’ivraie? La nécessité d’un repérage clair des aspects cliniques, sociologiques, juridiques rattachés à la victimologie sous prétexte de soin psychique, dévoilant une étrange clinique de la transgression avec son panel de perversions nouvelles.


SOURCES & RÉFÉRENCES

CASTEL, 1. Robert (2003). « L’insécurité sociale. Qu’est ce qu’être protégé », Paris, Seuil, 2003

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