Une étude découvre que le traumatisme et le TDAH vont souvent de pair

Une nouvelle étude[1] montre qu’un enfant ayant un diagnostic du TDAH est plus susceptible d’avoir également subi du stress et des traumatismes tôt dans la vie. Les enfants atteints du TDAH reçoivent un diagnostic souvent fondé sur leur comportement: une bougeotte inapproprié selon l’âge, l’inattention, l’hyperactivité et avoir du mal à rester assis et à se concentrer. Toutefois, selon cette nouvelle étude présentée ces comportements peuvent aussi être liées à un traumatisme d’enfance.

Lorsque les enfants qui ont du mal à se concentrer sur leurs tâches, à rester organisés, et à contrôler leur comportement et à rester assis, peuvent ainsi être évalués pour la présence du TDAH. Or, les cliniciens ne devraient toutefois pas s’arrêter là selon une étude qui a été présentée le mardi 6 mai à l’American Academy of Pediatrics (AAP) lors d’une réunion annuelle à Vancouver, Colombie-Britannique, Canada [3].

Les chercheurs de l’étude ont constaté que de nombreux enfants atteints de TDAH sont également confrontés à des défis tels que la pauvreté (conditions socioéconomiques défavorables), le divorce, la violence de quartier et l’abus de substances chez les membres de la famille.

Ces résultats suggèrent que les enfants TDAH font l’expérience de taux significativement plus élevés de traumatismes que ceux et celle qui n’ont pas le TDAH. Les fournisseurs de soins de santé peuvent ainsi se concentrer sur le TDAH comme diagnostic principal et alors négliger la présence possible d’une histoire traumatique pouvant influer sur le traitement.

Les chercheurs ont analysé, pour cette étude, les données de l’« Enquête nationale sur la santé des enfants — 2011 » (National Survey of Children’s Health — 2011)[4]. Ils ont identifié 65 680 enfants âgés de 6-17 ans dont les parents avaient répondu aux questions concernant le diagnostic du TDAH, sa sévérité et l’usage de médicaments, ainsi que neuf effets adverses de l’enfance (EAE; adverse childhood experiences – ACEs): la pauvreté, le divorce, le décès d’un parent/tuteur, la violence domestique, la violence de quartier, l’abus substance, l’incarcération, la maladie mentale familiale et la discrimination.

Environ 12 % des enfants ont été diagnostiqués du TDAH. Leurs parents ont d.claré une prévalence plus élevée de tous les événements adverses par rapport aux parents d’enfants sans TDAH. De plus, les parents d’enfants atteints de TDAH ont également signalé un nombre plus élevé d’effets adverses de l’enfance (EAE) par rapport aux enfants sans TDAH; ainsi, 17 pour cent des enfants atteints de TDAH avaient eu quatre ou plus EAE, comparativement à 6 pour cent des enfants sans TDAH.

Les enfants souffrant de quatre expériences adverses (EAE) ou plus étaient presque trois fois plus susceptibles d’utiliser une médication pour le TDAH par rapport aux enfants qui souffrent de trois expériences adverses ou moins. Les enfants souffrant de quatre EAE ou plus étaient également plus susceptibles de voir les parents considérer le taux de sévérité du TDAH chez leurs enfants comme modérée à sévère, et ce, par rapport aux enfants qui souffrent trois EAE ou moins.

Cette connaissance de la prévalence et des types d’effets adverses chez les enfants TDAH peut guider les efforts à faire face au traumatisme chez cette population et ainsi améliorer le dépistage et l’évaluation du TDAH, la précision du diagnostic et de la gestion de la condition.

Les fournisseurs de soins pédiatriques devraient envisager le dépistage des effets adverse lors del’enfance (EAE) chez les enfants dont ils soupçonnent la présence d’un TDAH et/ou ceux/celle qui ont obtenu le diagnostic, et initier des plans de traitement et/ou d’intervention fondée sur des preuves (evidence-based treatment/intervention) pour les enfants, dont le dépistage des EAEs s’avère positif.

Les diagnostics du TDAH ont fortement augmenté au cours de la dernière décennie, et il y a eu une augmentation concomitante de la consommation de médicaments stimulant. Beaucoup éprouvent aussi un traumatisme durant l’enfance, ce qui aggrave et exacerbe souvent les symptômes du TDAH et pose des problèmes de diagnostic lorsqu’il est question de savoir si leurs symptômes résultent directement du traumatisme qu’elles subissent.

Tout d’abord, il est possible que les cliniciens confondant tout simplement les signes de traumatisme chez les enfants TDAH. Ce que nous constatons, c’est qu’il y a souvent un chevauchement des symptômes chez les enfants TDAH et les enfants qui ont subi des traumatismes, particulièrement chez les petits enfants. L’incapacité à se concentrer, la bougeotte, l’incapacité de prêter attention, la distraction, l’agitation, l’irritabilité et sont souvent des comportements qui déclenchent un diagnostic de TDAH. Et souvent, les gens qui font le diagnostic ne demandent pas ce qui s’est passé à l’enfant, le genre d’expériences que l’enfant a eu.

Des études ont également montré que les symptômes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT ; post-traumatic stress disorder – PTSD) ou d’un trouble de stress aigu, résultant d’événements adverses, ressemblent beaucoup aux symptômes du TDAH, et il y a donc une forte probabilité pour les cliniciens de diagnostiquer le TDAH et de négliger une histoire possible de traumatisme.

Une autre explication serait que les enfants atteints du TDAH peuvent être plus susceptibles d’avoir des ennuis et ainsi faire l’expérience, à titre de résultante, d’événements traumatiques ou traumatogène. Les enfants atteints du TDAH peuvent être encore plus impulsifs et encore plus agaçants pour des parents qui pourraient être déjà épuisés, et conséquemment les enfants atteints du TDAH peuvent être plus à risque de subir de mauvais traitements ou d’avoir des accidents, ce qui pourrait à son tour déclencher le SSPT.

Enfin, les chercheurs savent que le stress au sein du milieu de vie peut affecter le développement du cerveau. Il est également possible que l’exposition à un événement traumatique augmente la probabilité de développer des troubles psychiatriques qui affichent une gamme de manifestations, y compris l’anxiété, le syndrome de stress post-traumatique, et le TDAH.

En vertu de cette lentille, le TDAH s’avère seulement l’un des nombreux aboutissements possibles qui peuvent résulter de traumatismes en début de vie. Et même alors, le TDAH pourrait bien être un signe de ce qui est à venir. Nous savons que l’adversité en début de vie produit des changements développementaux compatibles avec le TDAH, mais il produit également de nombreux autres effets. Alors que l’enfant se développe, et il y a un déficit neurocomportemental, et selon la manière dont les changements s’expriment au cours du développement, le TDAH peut parfois relever des symptômes de problèmes neurocomportementaux qui émergeront plus tard dans le développement.

Le traumatisme en début de vie et le stress peuvent interagir avec la génétique du sujet pour produire différents troubles en fonction de l’âge du traumatisme subi et le type particulier de stress ou de traumatisme. Les enfants de différents âges, et de différentes génétiques, et de différentes personnalités, vont réagir différemment à une contrainte donnée.

La hausse des taux de diagnostic du TDAH et l’utilisation de médicaments amènent à poser une question: sommes-nous en train de transformer des des normaux de stress de la vie en une condition médicale (médicalisation, psychiatrisation)? Ainsi 60 % des enfants déclarent qu’ils ont été exposés à une forme de victimisation au cours de l’année précédente, et plus de 10 % ont eu cinq expositions ou plus[5]. Pour beaucoup de ces enfants, les EAEs ne sont pas rares, ils sont la norme.

Et lorsque les enfants sont en situation de stress, ils sont plus susceptibles d’un passage à l’acte. Quand un enfant présente un comportement difficile, la première question à se poser est : « Qu’est-il arrivé à l’enfant » plutôt que « Quel est le problème de l’enfant ». Ainsi l’importance du dépistage quant à l’exposition aux traumatismes chez chaque enfant qui présente des symptômes qui peuvent être associés au TDAH s’avère extrêmement importante et opportune.

Dans ces circonstances, les médicaments ne sont probablement pas la réponse. Bien que les médicaments stimulants peuvent se révéler bénéfiques pour certains enfants, ils ne peuvent pas être la stratégie de gestion la plus efficace pour tous les enfants. Les enfants ayant reçu un diagnostic de TDAH qui ont vécu un traumatisme peuvent en outre bénéficier d’interventions comportementales spécifiques adaptées pour répondre à leurs histoires sous-jacentes de traumatisme.

Cependant, il faut se garder de tirer de conclusions trop hâtives sur le passé de l’enfant à partir du diagnostic de TDAH. Ce ne sont pas tous les enfants atteints de TDAH qui ont vécu de l’adversité tôt dans la vie. Le TDAH n’est pas non plus nécessairement un signe d’autres troubles à venir. Parfois, lorsque quelqu’un a un TDAH, ils vivent avec les symptômes du TDAH tout au long de la vie, qui changent un peu, mais conservent encore le diagnostic de TDAH.

Il faudra encore de nombreuses années avant que les causes profondes du TDAH sont bien comprises. Jusque-là, les cliniciens se doivent d’essayer de savoir si les symptômes sont causés par un traumatisme, et ce, tout en veillant à ce que les enfants atteints de TDAH obtiennentun traitement approprié pour la condition en elle-même.

Les chercheurs concluent que les fournisseurs de soins pédiatriques se doivent donc de faire un dépistage pour des expériences adverses lors de l’enfance chez les enfants dont ils soupçonnent la présence d’un TDAH et/ou chez ceux/celle qui ont été diagnostiqués, et initier des plans de traitement et d’intervention fondés sur des preuves (evidence-based treatment/intervention) chez les enfants dont le dépistage, s’avère positif quant aux effets adverses de l’enfance(EAE).

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sources

  1. (2014, May 6). « Study Finds ADHD and Trauma Often go Hand in Hand« , American Academy of Pediatrics, http://www.aap.org/en-us/about-the-aap/aap-press-room/pages/Study-Finds-ADHD-and-Trauma-Often-go-Hand-in-Hand.aspx (+ http://www.eurekalert.org/pub_releases/2014-05/aaop-sfa042514.php ; )
  2. Barclay, R. (2014, May 6). « News Analysis: Are We Misdiagnosing Childhood Traumas as ADHD?« , HealthLine News, http://www.healthline.com/health-news/misdiagnosing-childhood-trauma-as-adhd-050614.
  3. http://www.pas-meeting.org/
  4. http://childhealthdata.org/docs/nsch-docs/sas-codebook_-2011-2012-nsch-v1_05-10-13.pdf
  5. https://www.ncjrs.gov/pdffiles1/ojjdp/227744.pdf

références

  1. (2014) « Associations Between Adverse Childhood Experiences and ADHD: Analysis of the 2011 National Survey of Children’s Health« , Conference | General Pediatrics: Behavior/Development, http://www.abstracts2view.com/pas/view.php?nu=PAS14L1_4670.7.

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