[Risques Iatrogènes] Les médicaments pour le TDAH ne sont pas suffisamment testés quant à leurs sécurités et leurs efficacités sur le long terme

Une nouvelle étude[3,4,5] montre que les études à l’appui de l’approbation de la majorité des médicaments utilisés pour traiter chez les enfants les troubles de l’attention avec/sans hyperactivité (TDAH) n’ont pas été conçues pour démontrer la sécurité et l’efficacité des médicaments sur le long terme ou pour détecter les événements indésirables rares (EIR; Risques iatrogènes).

Des chercheurs du Boston Children’s Hospital, dans le Massachusetts, ont constatés que la majorité des études réalisées par les commanditaires quant à leur médicament pour le TDAH, et ce, avant l’approbation pour la mise en marché, étaient soit trop petites, soit trop courtes, ou les deux à la fois, pour effectivement extrapoler les gains cliniques significatifs lors des suivis qualifiés « à long terme » des enfants recevant ces médicaments pour le TDAH.

Il y aurait donc un décalage entre la manière dont ces médicaments sont approuvés, car en fait ils sont testés sur un petit nombre de patients sur de courtes périodes de temps, par rapport à la manière dont les médicaments sont utilisés, par un grand nombre de patients pendant de nombreuses années, signale l’auteur sénior Kenneth Mandl, MD, MPH, professeur de pédiatrie à l’Harvard Medical School, du Boston Children’s chair in biomedical informatics and population health et directeur du Intelligent Health Laboratory au Boston Children’s Informatics Program.

Donc, le constat de cette étude aurait de grandes implications sur la manière dont nous considérons la sécurité et l’efficacité de ces médicaments. Il est également impossible d’évaluer le type d’aboutissements [à partir des essais sur le TDAH] auxquels les parents et les médecins seraient les plus intéressés, y compris l’impact que ces médicaments peuvent avoir sur le rendement scolaire ou le développement cognitif et émotionnel.

Cette étude ne s’adresse pas à savoir si les médicaments pour le TDAH s’avèrent sûrs, bien que leur sécurité a depuis été établie par des années d’expérience clinique. Au lieu de cela, l’étude souligne la nécessité d’un programme mettant l’accent sur l’amélioration de l’évaluation des événements indésirables rares (EIR) et la sécurité à long terme par le biais d’essais post-commercialisation, d’essais comparatifs d’efficacité, une implication de la FDA plus active de maintien de l’ordre.

Une approche utilisée par la FDA pour accroître les connaissances concernant les EIR des médicaments ainsi que la sécurité à long terme de médicaments consiste essentiellement à exiger des compagnies pharmaceutiques de mener des essais post-commercialisation comme suite à l’approbation d’un médicament. Cependant, historiquement, l’application de cette exigence a été négligée et les compagnies pharmaceutiques n’ont pas mené les essais post-commercialisation demandés ou exigés.

Des constats frappants

Pour l’étude, les auteurs ont identifié tous les médicaments pour le TDAH approuvés par la US Food and Drug Administration (FDA) et ont analysé les données provenant des essais cliniques utilisés par la FDA pour évaluer l’efficacité clinique et la sécurité des médicaments.

Pour comprendre l’ampleur de la sécurité à long terme des médicaments communs traitant le TDAH, et la manière dont ils avaient été étudiés avant d’être introduits sur le marché, les chercheurs ont examiné les données d’essais cliniques inclus dans les ensembles d’approbations des médicaments de la FDA pour 20 médicaments, allant aussi loin que l’approbation initiale de la FDA pour méthylphénidate (Ritalin®) en 1955.

Les commanditaires des médicaments (compagnies pharmaceutiques) ont effectué au total 32 essais cliniques en tout pour l’approbation de 20 médicaments différents pour le TDAH. Ces 20 médicaments représentent 10 ingrédients actifs différents, comportant des produits individuels avec des systèmes de formulation et de livraison différents. Seulement 3 des 20 médicaments ont été retirer du marché depuis leur approbation par la FDA.

Le nombre médian des participants étudiés par médicament était de 75 participants, mais 11 médicaments ont été approuvés après avoir été étudié avec moins de 100 participants, et 14 des essais de médicaments comptait moins de 300 personnes (certains des 11 médicaments ont également été inclus dans les essais qui comportait moins de 300 personnes).

La durée médiane pour un essai avant l’approbation de la FDA était de 4 semaines. Encore une fois, cependant, plus de trois quarts des essais ont été réalisés sur moins de 6 mois, et plus d’un tiers ont été effectuées pendant moins de 4 semaines.

Ce qui s’avère préoccupant, c’est que globalement, la moitié de ces essais de médicaments comptait moins de 100 participants, ce qui s’avère un nombre impressionnant, car il est en effet très faible, signale l’auteure principal Florence Bourgeois, MD, MPH.

L’autre constatation préoccupante, a-t-elle ajouté, c’est que la durée médiane des essaies était seulement de 4 semaines, qui clairement ne s’avère pas suffisamment long pour évaluer les aboutissements axés sur le patient, tels que l’impact du traitement du TDAH sur les paramètres cognitifs et développementaux.

Les enquêteurs ont également constaté que la FDA avait approuvé sept médicaments sans commanditaires qui soumettent des données d’essais cliniques sur l’utilisation du médicament pour le traitement du TDAH chez une population pédiatrique.

Tous les 7 de ces médicaments avaient déjà été approuvé par la FDA pour d’autres conditions, telles que l’obésité.

La FDA a également demandé aux commanditaires de 6 médicaments différents de fournir des données d’essai supplémentaires post-commercialisation, mais seulement 2 commanditaires ont respectée cette demande.

Il est important de procéder à des essais post-commercialisation suite à l’approbation d’un médicament afin de contrôler de grands groupes de patients pour les EIR rares qui ne seraient pas détectés dans des essais cliniques limités, notent les auteurs.

Encore plus d’approbations récentes

Les médicaments approuvés pour le traitement du TDAH au cours de la dernière décennie ont fait l’objet d’un examen un peu plus approfondi.

Sur les 6 médicaments approuvés depuis 2004 pour le traitement du TDAH, le nombre médian des participants étudiés pour chaque « drogue » était de 259.

D’autre part, près des trois quarts des participants ont été étudiés que pour moins de 6 mois.

Quant aux médicaments approuvés plus récemment, la longueur médiane des essais avant de recevoir l’approbation de la FDA était de 8 semaines.

En outre, les chercheurs soulignent qu’aucun des médicaments approuvés pour le TDAH n’a rencontré les recommandations de l’International Conference on Harmonization of Technical Requirements for Registration of Pharmaceuticals for Human Use (ICH) quant aux tests et approbations de médicaments utilisés pour traiter les maladies chroniques qui ne mettent pas la vie en danger des souffrants.

Comme le suggère l’ICH, les premiers EIR se produisent et sont plus fréquents au cours des premiers mois de traitement.

Pour capturer ces effets indésirables, l’ICH recommande que soient traités entre 300 et 600 patients pendant au moins 6 mois avant la disponibilité d’un médicament sur le marché.

Alternativement, l’ICH indique qu’au moins 100 patients devraient être exposés à un médicament pendant au moins 12 mois pour capturer les EIR.

Seuls trois médicaments — Daytrana (Noven Pharmaceuticals, Inc), Focalin (Novartis Pharmaceuticals Corporation), et Concerta (Janssen Pharmaceuticals, Inc) — répondent aux exigences de l’ICH avec au moins 300 participants exposés à la « drogue » pendant 6 mois, et ce, avant la commercialisation du médicament.

Les deux médicaments, le Daytrana et le Focalin, se sont également conformés à la recommandation ICH d’étudier au moins 100 participants lors de leurs essais de médicaments sur une durée de 12 mois.

En tout et pour tout, nous ne savons pas vraiment si ces médicaments fonctionnent effectivement, compte tenu de la durée qu’ils sont sur le marché et le nombre de patients qui les ont prises, au moins sur le court terme.

Mais il y a un débat sur la manière dont ils sont efficaces sur le long terme, et il est important que les parents soient au courant de ce qui est connu et ce qui n’est pas connu quant aux avantages de ces médicaments pour qu’ils puissent prendre des décisions éclairées au sujet de la « drogue » pour leur enfant.

Ainsi, Mandl et Bourgeois considèrent leurs résultats comme un appel afin de mettre davantage l’accent sur la réglementation concernant la sécurité et l’efficacité des médicaments à long terme, en particulier ceux prévus pour un usage sur une base chronique.

Un alamisme innaproprité

Adélaïde Robb, MD, professeur de psychiatrie et de pédiatrie à l’Université George Washington, Washington DC, estime que l’étude s’avère « alarmiste » et en fait, relève « d’un alarmiste inapproprié ». La plupart des médicaments dont nous parlons pour le TDAH ont été étudiés sur le long terme et largement chez les enfants », selon le Dr Robb.

Ainsi, lorsque vous prescrivez le Daytrana, par exemple, c’est la même molécule de méthylphénidate qui a été dans tous les autres essais de Ritalin [Novartis Pharmaceuticals Corporation]. Tout ce que les enquêteurs veulent savoir c’est si la préparation liquide ou la préparation sous-la-langue ou la préparation par-le-peau est absorbée, et si ça fonctionne encore? Si la réponse est oui, les questions de sécurité à long terme et de toxicité ont déjà été posées et répondues.

Dr Robb a également estimé que les études pédiatriques quant au TDAH sur une durée de 6 mois ou, mieux encore, 12 mois, donnent effectivement aux médecins une bonne idée des effets secondaires à court et à moyen terme d’un médicament.

Le Dr Robb conclut que la recherche sur les enfants est importante. Acquérir plus d’informations sur la sécurité à long terme est également important, et nous avons donc besoin de consacrer plus de dollars au NIH [National Institutes of Health] pour ce faire. Donc, je le Dr Robb estime que cette étude s’avère un bon message au gouvernement fédéral afin d’accorder plus d’argent à la NIH pour faire des études à long terme de médicaments chez les enfants.

L’étude a été soutenue par l’Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development. Aucun des auteurs de l’étude n’a révélé des relations financières pertinentes. Le Dr Robb a cependant rapporté qu’elle a reçu le soutien pour la recherche provenant d’un certain nombre de sociétés pharmaceutiques pour les essais cliniques impliquant des médicaments pour le TDAH.

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sources

  1. http://www.medscape.com/viewarticle/828445

  2. http://www.sciencedaily.com/releases/2014/07/140709151626.htm

références

  1. http://www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.0102249

  2. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25007171

  3. http://www.sciencedaily.com/releases/2014/07/140709151626.htm

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